Bénin – Analyse : Affairisme au plus haut sommet de l’Etat Béninois : Les conflits d’intérêts sont désormais la norme au Bénin

Bénin – Analyse : Affairisme au plus haut sommet de l’Etat Béninois : Les conflits d’intérêts sont désormais la norme au Bénin

 

La fonction de Président de la République est incompatible avec toute autre fonction et surtout avec la fonction d’homme d’affaires. En effet lorsque la mission de l’homme d’affaires est de préserver ses intérêts économiques, le Rôle du Président est de veiller à l’intérêt commun. Lorsque le Président Talon a été élu, nombre de ses compatriotes se demandaient si le Président réussirait la transition entre l’égoïsme nécessaire dans les affaires et l’altruisme nécessaire à la fonction de Président. Le défi était très important quand on sait que la grande majorité des affaires de Patrice Talon sont directement liées a la signature de l’Etat. Après plus de deux ans de gestion, force est de constater que le Président n’a pas pu échapper au piège du conflit d’intérêt et de l’affairisme. Il est aujourd’hui l’arbitre et l’acteur dans plusieurs secteurs de l’économie béninoise…. Analyse

 

1- La filière coton

 

Lors du premier conseil des ministres du Régime Talon, le Gouvernement béninois a réhabilité les entreprises du Président. L’accord cadre qui avait cours avant les problèmes entre l’ancien Président Yayi Boni et son ami homme d’affaires Patrice Talon a été réinstallé. La Sodéco, société regroupant les usines de transformation du coton, détenue par l’Etat et par Patrice Talon est retournée dans le giron des héritiers du Président mais surtout, l’Etat a ordonné le Paiement de 30 milliards de Fcfa aux entreprises de Patrice Talon et d’Olivier Boko.

Une semaine seulement après sa prise de pouvoir, et sans audit le Gouvernement Talon a donc payé 30 milliards aux entreprises ayant appartenu au Président et celle de son plus proche ami. Comment ne pas penser dans un tel cas à un conflit d’intérêt ? Comment expliquer que le Gouvernement n’ai même pas pris le temps d’auditer la Sodéco avant d’engager des paiements ?  Comment justifier l’urgence avec laquelle l’Etat a pu régler ces sociétés ?

Au niveau de la Sodéco, comment distinguer aujourd’hui les intérêts de l’Etat actionnaire et ceux des héritiers de Patrice Talon également actionnaires de cette société ?

 

2- Le contrôle douanier

 

Le Contrat liant l’Etat à Bénin control, société de Patrice Talon et de son associé et ami Olivier Boko est un contrat visant à améliorer les performances des services douaniers sur l’ensemble du territoire national. Suspendu par Yayi Boni pour causes de contre-performance de la Douanes le contrat a de nouveau été reconduit par Patrice Talon.

 

Une fois encore il n’y aura eu ni audit ni commission d’enquête afin de définir dans quel mesure la prestation de Bénin Control était efficace pour le pays.

Lorsque le Président Talon a été questionné sur ce contrat sa réponse aura été de dire qu’aujourd’hui ces sociétés appartiennent à ses héritiers et qu’il a à cœur que les prestations de celles-ci soient à la hauteur….

Difficile de croire que le Président puisse avoir le niveau d’objectivité nécessaire pour évaluer honnêtement les prestations des sociétés de ses propres enfants…

 

3- Les Prestations au niveau portuaire

 

Au-delà de Bénin Control, une autre société ayant appartenu au Président Talon fourni des prestations au port. Il s’agit de la Société Atral qui détient le contrat d’exploitation du Port sec d’Allada. Par ce contrat l’ensemble des conteneurs en transit vers les pays de l’hinterland sont expédiés vers le Port sec d’Allada par la société Atral et récupérés par les clients contre paiement de frais de prestations. Ce contrat gigantesque concerne des centaines de milliers de conteneurs par an.

 

Ce contrat symbolise le conflit d’intérêt au sommet de l’Etat. En effet Atral exécute des prestations de manutentions que la Sobémap pourrait exécuter. Ainsi une société privée ayant appartenu au chef de l’Etat est en concurrence avec une société d’Etat en bonne santé financière. Comment savoir si le Président est totalement neutre dans une telle situation ?

 

4- Le tourisme au Bénin

 

Le complexe d’hôtels du Groupe Accor au Bénin (Ibis et Novotel) sont détenus par Patrice Talon qui les a donc cédés à ses héritiers.

 

Depuis l’arrivée du Président à la tête du pays, plusieurs événements organisés par l’Etat Béninois ont eu lieu à l’hôtel Novotel, s’il s’agit clairement d’un des meilleurs hôtels du pays, la question du choix de cet hôtel se pose : il y a-t-il eu un appel à concurrence avec les autres hôtels tel que Azalai ou Bénin Royal Hôtel ? Le prix était-il le meilleur ?

 

Vient ensuite le cas du Bénin Marina Hotel appartenant à l’Etat dont la gestion a été retirée au Groupe de Martin Rodriguez, éternel rival de Patrice Talon dans le coton. Les décisions prises dans la gestion des hôtels détenus par l’Etat sont-elles légitimes quand on sait que Patrice Talon a été concurrent de ces hôtels par le passé ? Là encore la question du conflit d’intérêt se pose. Les décisions du Gouvernement ne vont-elles pas arranger les hôtels Novotel au détriment des hôtels de l’Etat ?

 

5- Le contrôle à l’aéroport de Cotonou confié à Olivier Boko

 

Olivier Boko dit « OB » ou « VP » dans les milieux d’affaire, est le plus proche ami partenaire et associe du Président Talon. Actionnaire de Bénin Control et de plusieurs sociétés en collaboration avec l’Etat, cet homme d’affaire bénéficie clairement de la position de son ami grand frère et mentor.

 

Un des contrats qu’a obtenu une des sociétés d’Olivier Boko est sujet à la polémique : L’Etat Béninois en 2016 a choisi de résilier le contrat liant la société Securiport chargée du contrôle digital des voyageurs à l’aéroport de Cotonou pour confier un contrat équivalent à la société Morpho Dys appartenant à Olivier Boko.

 

Comment expliquer ce choix ? Sur quel critère le Président a-t-il basé son choix de rompre le contrat avec un prestataire pour attribuer le même type de contrat à une société appartenant a son meilleur ami ?

 

Là encore le conflit d’intérêt rode…

 

Comme vous pouvez le constater les suspicions concernant la tendance du Président à favoriser les entreprises de sa famille et de ses amis sont nombreuses. Les cas sont trop nombreux pour qu’on soit sûr que le Président agi toujours dans l’intérêt du Bénin et non des sociétés de ses proches. De plus lorsqu’on sait que le Responsable des chantiers de Patrice Talon était son ministre des TP, que ses avocats ont été ministres de la Justice ou encore que son cousin Johanes Dagnon dont le cabinet était charge des expertises comptables des sociétés du Président est aujourd’hui à la tête du BAI chargé des audits de la Présidence, on constate donc que le Président a reproduit son organisation d’homme d’affaires au sommet de l’Etat.

 

Le climat de suspicion est tel que plusieurs décisions du Président sont suspectées sans preuves d’être des décisions prises dans l’intérêt des entreprises du pouvoir. C’est notamment le cas dans le secteur pharmaceutique ou encore dans le secteur des hydrocarbures.

 

Il est inquiétant de voir un pays comme le Bénin salué pour son système démocratique, se retrouver dans un système ou les intérêts des sociétés liées au Président sont indissociable du pouvoir d’Etat.

 

Mais comment aurait-il pu en être autrement ?

 

Luc Mensah Analyste Economique et Politique

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