Bénin – Politique : Rapprochement entre Yayi et Azanaï, Oui à la réconciliation, Non à l’Alliance

Bénin – Politique : Rapprochement entre Yayi et Azanaï, Oui à la réconciliation, Non à l’Alliance

Comme nous avons pu l’apprendre le 17 septembre dernier, des discussions afin de réconcilier l’ancien Président Boni Yayi et son ancien ministre Candide Azanaï sont en cours depuis déjà de nombreux mois. Ces médiations ont permis d’apaiser les tensions et d’ici quelques jours la réconciliation entre les deux hommes devrait être officialisée. Si l’apaisement entre deux personnages qui se sont échangés insultes et invectives est positif, il ne faudrait pourtant pas que cette réconciliation aboutisse à une alliance politique, il en va de la crédibilité de la politique Béninoise. Décryptage…

Un message de paix à féliciter

Quelle tristesse avait-on pu ressentir quand Candide Azanaï alors député de la République s’était permis de traiter le Président Yayi Boni de malade mentale et d’impoli, tandis que de son côté le Président de la République traitait son ancien ministre de délinquant. Ces propos n’honoraient ni le Bénin ni même ceux qui les tenaient, et ces insultes ont amenés à la fameuse tentative d’arrestation de Candide Azanaï à laquelle ses militants ont répondu par émeutes et vandalismes. Le fait que trois ans après ces événements, les deux protagonistes soient décidés à enterrer la hache de guerre est une bonne nouvelle non seulement pour la cohésion nationale mais également pour l’image de notre pays qui reste la référence en matière de pacifisme dans les joutes politiques. C’est également la preuve que le Président Yayi Boni comme le Ministre Azanaï ont mûri et évolués en tant que personne, il s’agit d’un beau symbole pour les générations futures.

Une Alliance politique contre nature

Si les membres des partis FCBE et restaurer l’Espoir collaborent depuis déjà un moment à l’Assemblée afin de faire face à la machine BMP du Régime Talon, la réconciliation des deux leaders de ces partis serait un grand pas franchis dans une perspective d’alliance en vue des prochaines élections législatives. Il faut dire que le nouveau code électoral laisse peu d’options aux membres de l’opposition contraints de s’unir pour exister, et pourtant une Alliance Azanaï-Yayi serait une Alliance contre nature pour plusieurs raisons.

La première est que l’électorat de Azanaï est un électorat clairement hostile à Yayi Boni à ses méthodes voire même à son identité, cet électorat a du mal avec les « tomenou » ces personnes originaires de régions plus au Nord. Dans un tel contexte certains seraient choqués que Candide puisse s’allier avec des « tomenou » pour faire tomber son « frère » Talon. Le vote identitaire ou ethnique au Bénin est aussi répandu que dans les autres contrées d’Afrique, c’est ce même reproche que beaucoup d’électeurs du Nord Bénin font au Ministre ABT qui a collaboré plusieurs fois avec des sudistes pour faire tomber son « frère » Yayi Boni. Ce genre de calcul politique coûte très cher à celui qui s’y aventure et dans le cas présent c’est Candide Azanaï qui risque gros surtout que de nombreux béninois d’ethnie fon n’apprécient pas le fait que leur manque de solidarité entre eux soient moqués par les autres ethnies. Se fâcher avec son « frère » est une chose, mais s’allier à des « étrangers » pour le faire chuter en est une autre, refuser de le voir est refuser de se confronter aux réalités de l’électorat béninois.

La deuxième raison est liée au mode de gestion du pouvoir, il faut le dire Restaurer l’Espoir (RE) a une vision bien différente de celles de FCBE sur les questions de gouvernance, et ces désaccords sont toujours d’actualité, ces désaccords qui sont presque les mêmes que ceux qui ont fait démissionner Candide Azanaï de son poste de Ministre du Gouvernement Talon. La gestion clanique, la prévarication des ressources de l’État au profit d’un petit groupe, le manque de rigueur, toutes ces critiques sont autant valables pour Talon que pour Yayi à la différence que  » si Talon est sans foi ni loi, Yayi Boni est sans loi avec un résidu de foi ». Ce qui oppose Azanaï à Yayi dépasse la considération personnelle, il s’agit du bien être des béninois, il s’agit de la volonté de Candide d’incarner un rempart en faveur des oubliés et délaissés de la République, s’allier avec ceux-là même qui pendant dix ans ont eu à gérer le pays en total contradiction avec les idéaux de RE incarnerait le brouillage total du message politique de ce parti.

Le fait de voir Yayi et Azanaï se réconcilier est donc positif tant que cela se limite au symbole, si cela devait se matérialiser par une Alliance politique, ce serait là la première erreur politique majeure de Candide Azanaï.

Luc Mensah Analyste Politique

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Résoudre : *
28 − 7 =